La relation pédagogique de coopération
Se définit comme un ensemble cohérent d’intentions et d’actions entreprises par l’enseignant pour structurer sa relation avec ses étudiants et pour entamer un dialogue qui vise la conclusion d’une entente sur un but commun et la satisfaction de chacun dans le respect du partage des ressources disponibles et de la mise en valeur de leurs compétences. (St-Germain, 2016).
VOICI UN SCHÉMA GLOBAL QUI ILLUSTRE LE MODÈLE RELATIONNEL DE COOPÉRATION ET SES COMPOSANTES.

S’autoréguler dans l’action
L’autorégulation consiste à prendre conscience de l’effet de ses réparties sur l’autre pour pouvoir les corriger en cours d’action. Cette activité d’autorégulation permet à l’enseignant de s’adapter pour construire un dialogue satisfaisant. Cette correction se fait en ajustant soit sa visée, sa stratégie ou son besoin en fonction de l’effet que le moyen a produit chez les étudiants. Cliquez ici pour continuer votre lecture.
Praticien réflexif et démarche réflexive
L’enseignant réflexif est une personne capable de :
- Planifier
- Contrôler
- Réguler
Tant les processus d’apprentissage que les processus d’enseignement et les aspects relationnels
Habiletés indispensables dans le processus d’autorégulation
Habileté A – SENTIR L’EFFET IMMÉDIAT
Sentir l’effet immédiat consiste à prêter attention à sa réaction émotive face au comportement de l’interlocutrice ou de l’interlocuteur. En cours de dialogue, une partie de l’attention est dirigée au ressenti face à la réaction de l’autre en attribuant un code de couleurs (vert-jaune-rouge). Cette aptitude vous permettra de déceler l’escalade. Cette dernière se manifeste par une succession de plus de trois comportements dont l’actrice ou l’acteur a constaté l’inefficacité. Plus on le sent rapidement, plus on peut rectifier son action pour obtenir l’effet désiré.
Habileté B – S’ATTARDER AU FACTEUR P (particulier)
Est utilisé pour désigner ce qui est propre à chaque individu, à chaque situation ou encore à chaque groupe de personnes.
Cette habileté consiste à s’attarder à lire le facteur P ou à s’informer du P auprès du groupe ou de l’interlocutrice, de l’interlocuteur et à valider le P. De plus, certains codes de conduite peuvent s’interpréter différemment; il est essentiel aussi de prendre en compte la culture, la personnalité, l’âge et tout autre aspect qui pourraient donner une lecture différente du facteur P.
Les situations et les personnalités que l’on rencontre dans le milieu de l’enseignement sont diverses, très variées voire imprévisibles. Il est difficile pour une personne enseignante de faire face à l’incertitude inhérente à toutes les personnalités et à toutes les interactions qui découlent de la relation pédagogique. Pour composer avec cette incertitude, le facteur P devient un précieux outil pour mettre à contribution les ressources de l’interlocutrice ou l’interlocuteur en la ou le considérant comme experte ou expert de son facteur P.
| Pour passer de l’incertitude à la coopération : |
| – Informer de la difficulté et laisser l’autre nous dévoiler comment l’aborder |
| – Prévoir plusieurs petites pauses |
| – Tenir compte de l’état de l’autre ou des autres |
| – Tenir compte de la situation ou du contexte |
Habileté C – DÉFINIR L’INTENTION ET OBSERVER L’EFFET RÉEL
Cette habileté consiste à développer l’habitude de formuler une intention à partir de l’effet attendu chez l’interlocutrice ou l’interlocuteur. Lorsque l’EFFET OBSERVÉ ne correspondant pas à l’INTENTION (visée), il est important de comprendre son erreur pour pouvoir la corriger. Prendre conscience de la vraie visée, changer de visée, réajuster la visée permet d’activer la boucle d’autorégulation.
Efficacité
Il existe deux manières de voir l’efficacité en classe. Par les résultats scolaires, les notes et par les résultats sur les comportements et, par exemple, sur la relation établie. Autrement dit, par les résultats sur l’effet produit, sur l’effet attendu.
Comment être efficace au niveau relationnel?
Nous devons être attentif à notre ressenti, celui-ci est un excellent indice d’efficacité relationnelle.
LE RESSENTI EST NOTRE OUTIL: SUIS-JE DANS LE ROUGE, DANS LE VERT OU LE JAUNE?
Une réflexion en court d’action permet d’évaluer l’efficacité de ses réparties et ressentir l’effet produit à partir de la réaction de l’autre. Bien observer l’autre. S’autoréguler et se corriger au besoin, s’ajuster en fonction de la situation particulière du moment (facteur p).
L’état d’être de coopération de la personne enseignante
L’état d’être de l’enseignant (St-Germain, 2016) en classe devient une condition qui permet d’instaurer une relation pédagogique efficace. Lorsque l’enseignant fait le choix de mettre en place une relation pédagogique inspirée d’une approche démocratique de coopération, cet état d’être peut se nommer l’état d’être de coopération.
L’intention derrière cet « état d’être de coopération » est un désir réel de connaître ses étudiants, de s’intéresser à eux pour leur permettre de prendre leur place en classe. Pour y arriver, l’enseignant doit d’abord bien connaître le modèle de coopération, le comprendre et créer des activités qui s’en inspirent.
L’état d’être de coopération chez l’enseignant signifie aussi l’acceptation du partage d’une partie du pouvoir, habituellement réservé à l’enseignant, maître de la classe. La clarification des champs de compétences de chacun permet cette mise en place de la coopération. L’enseignant et les étudiants ont un rôle à jouer et des responsabilités qui leur sont propres. L’expression de ces responsabilités mutuelles favorise la coopération.
L’état d’être de l’enseignant se manifeste par sa façon d’entrer en relation avec ses étudiants, et ce, dès les premiers instants du début de la session. Cet « état d’être de coopération » pousse l’enseignant à vouloir connaître ses étudiants, à leur poser des questions en lien avec ce qu’il veut savoir d’eux, mais aussi en lien avec le projet du cours. Ainsi, d’un enseignant à l’autre, la stratégie et les questions peuvent varier en fonction de la personnalité de chacun. Au début du cours, le plus important est la mise en branle de cet échange, en cohérence avec sa personnalité et ce désir de réellement connaître ses étudiants.
L’état d’être de coopération du personnel enseignant se manifeste par ses attitudes tout le long de la leçon, du tout début jusqu’à la fin. Le concept d’attitude au collégial est décrit par plusieurs auteurs (Dorais, 2009, Grisé et Trottier, 1997) ainsi que Lussier (2012). Ce dernier le définit comme étant une disposition interne qui exerce une influence sur la manière d’être et d’agir d’une personne. Cette disposition intérieure s’exprime par des comportements observables. Ceux qui se manifestent par cet « état d’être de coopération » sont les suivants :
- l’écoute attentive et la patience pour attendre les réponses ou la réaction des étudiants
- l’attention constante aux réactions des étudiants afin de pouvoir s’ajuster en fonction de la cible commune
- l’accueil de la différence
- la reconnaissance de la valeur de l’autre
- la confiance dans les nombreuses facultés de l’autre
- la capacité de questionner l’autre, de le relancer dans ses réflexions
- le non-jugement personnel
- la transparence du processus
- l’enthousiasme en présence des étudiants
- la curiosité d’explorer une meilleure stratégie d’apprentissage du moment
- le sourire et le goût d’être là
La présence de ces manifestations est favorable afin que l’enseignant puisse adéquatement mettre en place une relation pédagogique efficace.
La coopération existe en fonction des choix que font les enseignants à chaque instant en classe dans leur façon particulière d’entrer en relation avec leurs étudiants. Ils ont le choix d’utiliser l’une ou l’autre de ces attitudes. Ils ont le choix de se placer à l’écoute, d’attendre en silence, de sourire, d’être patients, d’être enthousiastes, d’être transparents. Ils ont le choix de faire confiance aux ressources des étudiants et de reconnaître la valeur de chacun ainsi que le pouvoir qu’il peut exercer en classe. En faisant le choix d’adopter ces attitudes, ils ont plus de chance de réussir la mise en place et le maintien d’une relation pédagogique efficace.
Pour y arriver, ils doivent se donner les moyens et le temps et, pour cela, une bonne connaissance de ce que c’est que de mettre en place une relation pédagogique efficace et une solide planification semblent favorables.
Un état d’être de coopération s’inspire des valeurs (Rouillier et Howden, 2010), comme la fraternité, la solidarité, la mutualité, l’entraide, la démocratie, l’engagement et le partage. Cet « état d’être de coopération » se développe graduellement, un cours à la fois, une préparation à la fois. Il se gère aussi à chaque instant en salle de classe.
En partant du principe développé par Argyris et Schön (1974, 1999) que toute action est intentionnelle, il en découle que les manifestations dégagées de l’état d’être des enseignantes sont précédées par une intention consciente ou inconsciente chez l’enseignante. Ainsi, en s’inspirant de quelques manifestations de cet « état d’être de coopération » mentionnées précédemment, il est possible de dégager ou d’extrapoler des pistes d’intentions de coopération qui peuvent favoriser la mise en place et le maintien d’une structure relationnelle de coopération. Cet exercice peut inspirer les enseignants soucieux de mettre en place cette relation pédagogique de coopération.
Le développement de l’état d’être de coopération chez l’enseignant devient un passe-partout précieux, car il sert de toile de fond pour guider les intentions de l’enseignant.
L’enseignant arrive en classe avec ses présupposés théoriques, avec certaines généralités sur ce que devraient penser ses étudiants ou sur la façon dont ils devraient agir. Lorsque les réactions des étudiants ne correspondent pas à ses attentes, il peut y avoir une déception de sa part et il doit alors faire l’effort de sortir de ses généralités pour se mettre à l’écoute du particulier, de ce qui se passe ici et maintenant, au moment présent, dans la classe. Les attentes doivent donc être modérées en fonction d’une cible commune. Il ne semble pas possible avant le cours, de savoir exactement comment les interactions entre l’enseignant et les étudiants vont se vivre. Ce que l’enseignant sait, c’est qu’il va essayer de créer une relation pédagogique en utilisant le mieux possible ses stratégies relationnelles. Cela a pour effet d’enlever énormément de pression chez les enseignants, car ils attendent de rencontrer leur groupe avant de s’inquiéter. Les enseignants ne peuvent pas présumer de ce qui va se passer, puisque toute situation relationnelle est unique.
Les enseignants, inspirées par le modèle de coopération, partent du postulat que toutes les interventions des étudiants en classe sont acceptables, puisque ceux-ci sont là pour interagir. Le rôle de l’enseignant est justement de gérer ces interactions et de les mener vers une cible commune établie ensemble.
Le défi pour les enseignants est de ne pas avoir de présupposés virtuels (imaginés) qu’ils pourraient éventuellement projeter sur leurs étudiants afin de modeler ainsi leurs façons d’agir.
Référence :
St-Germain, M. 2016. Une relation pédagogique de coopération en classe au collégial, document inédit, thèse de doctorat, UQO-UQAM)